La condition de l'artiste à travers les siècles

Par Jean Monneret

Jean Monneret Président du Salon des Artistes Indépendants de 1977 à 2001

Avant le XVe siècle

Par définition l’artiste est un témoin de son temps. Avant le XVe siècle, quel que soit son talent, reconnu/ou non, il ne bénéficie pas du statut d’artiste tel que nous le défi­nissons aujourd’hui. Il ne commence à en être doté qu’au moment de la première Renaissance, et bien avant, dans la Grèce classique.
En Égypte, l’artiste est uniquement au service du Pharaon, dont le pouvoir absolu prend sa source dans la religion. Il est un exécutant, à son service, sous la dépen­dance du clergé. Son statut n’évolue pas en trente siècles.
En Mésopotamie, son statut prend une connotation esclavagiste, comme à Rome, où il évolue entre le rôle de l’esclave et celui du mercenaire.En Grèce, « l’homme étant la mesure de toute chose », l’artiste signe son œuvre. L’art, chargé de sens, cesse d’être fonctionnel et fait découvrir une nouvelle jouissance, l’esthétisme, le plaisir du regard et de l’esprit.

Saint-Luc peignant La Vierge

“Saint-Luc peignant La Vierge”
Fresque, XIIe s., détail.
(Canville La Roque, Cotentin)
Le premier modèle des peintres, c’est la Vierge Marie.
Le premier des peintres, c’est Saint-Luc, foi d’évangéliste.

Carnet de Vittard de Honnecourt (Première moitié du XIIIe s.) « Études de têtes d’hommes et de cheval, de main, chien, mouton, aigle héraldique et autruches » « Villard de Honnecourt vous salue… » Le XIIIe siècle dans tout son éclat ! Villard a voyagé en Europe dans tous les sens et l’a dessinée sur son Carnet qui est arrivé jusqu’à nous. Il commence par ce bonjour fraternel. « Ici commence la méthode des dessins de portraiture, comme l’art de géométrie l’enseigne pour travailler aisément » Villard est le maître d’œuvre humaniste, témoin de son temps. C’est un Compagnon du Tour de l’Europe médiévale.

Après le XVe siècle

En simplifiant, nous distinguons du Moyen Âge à nos jours trois types d’organisation du métier de l’artiste :  la corporation, l’académie et le système du marché.

La corporation des peintres et des sculpteurs est orga­nisée en 1391. Le roi, Charles VI, va sombrer dans la folie l’année suivante et la Guerre de Cent ans bat son plein.
Les artistes, hommes de métier — comme les artisans obtiennent l’instauration d’un monopole à leur profit.

Jurés, règles, contrats d’apprentissage, stages de compa­gnon, confection du chef d’œuvre jalonnent l’apprentis­sage ou la pratique de la profession. Là, prend probable­ment sa source l’idée de récompense, de reconnaissance par les médailles, qu’institutionnalisera la Révolution française : liberté, égalité… médailles !
L’artiste est son propre marchand. Il a le droit d’ouvrir boutique. 

“Autoportrait
Antan Moor Van Dashorst dit Antonio Moro (v. 1519-1576),(Musée des Offices, Florence).
Artiste international, il reflète bien l’allure de l’artiste de la Renaissance, dont le statut n’est plus celui du modeste artisan médiéval. Influencé par les Vénitiens, il marque à son tour les portraitistes espagnols jusqu’à Velasquez.
Cet Hollandais travaille pour Charles Quint et Philippe II.

Le cadre de vie de l’artiste pourra être la cour des princes, mais aussi celui de certaines abbayes.

Le milieu artistique a favorisé le cosmopolitisme au moment où la société, au XIVe siècle, a conféré un statut particulier aux artistes attachés aux mécènes ou aux cours princières.

Le jeu des alliances de celles-ci qui n’hésitent pas à se « prêter » leurs artistes, a donné à l’art gothique un caractère international. Le monopole de la corporation, exigeant la maîtrise, sera fortement atteint au début du XVIe siècle par la possibilité offerte par le roi d’obtenir un brevet, sans l’obligation d’exécuter le chef d’œuvre.

À la Renaissance italienne, l’artiste n’est plus un fabricant, mais un créateur. Il est soustrait aux normes communes. Cette conception se répand en France tandis que le voyage de Rome s’inscrit dans la formation de l’artiste.

L’art devient libéral, distinct de l’artisanat et du commerce.

Auteur : Jean Monneret,
Catalogue raisonné du Salon des Indépendants 1884-2000.
Edition Eric Koehler, novembre 2000

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Jean Monneret Président du Salon des Artistes Indépendants de 1977 à 2001

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L’évolution du marché de l’art

Si la légende fait mourir Vinci dans les bras de François 1er, son mécène, Watteau meurt dans les bras de son marchand, Gersaint, installé sur le Pont Notre-Dame ! Donc au XVIIe siècle, l’artiste peut vendre ses tableaux ou ceux de ses contemporains et même ceux d’artistes plus anciens.
Néanmoins, les marchands ou les agents privés des collectionneurs, sont les véritables intermédiaires entre les artistes et la clientèle. Leur rôle s’accentue au XVIIIe siècle et s’accélérera au XIXe.

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